Ou pourquoi la peur d’être aimé mène-t-elle à la trahison de soi ?
Vouloir être aimé et peur d’être aimé peuvent sembler s’opposer. Pourtant, les deux sont similaires. Et, si l’on regarde de plus près, ce n’est pas tant la peur d’être aimé qui nous dévie de nous-mêmes… mais la quête éperdue d’être aimé.
Nous ne trahissons pas notre nature parce que l’amour nous effraie.
Nous nous trahissons parce que nous avons appris que l’amour est conditionnel.
Et pour l’obtenir, nous avons accepté de devenir quelqu’un d’autre.
Cette mécanique silencieuse s’installe tôt. Elle est presque universelle. Elle ne fait pas de bruit. Elle ne ressemble pas à une catastrophe. Elle ressemble à une adaptation. Une stratégie de survie.
Mais derrière cette stratégie se cache ce que l’on pourrait appeler la première trahison : celle qui nous coupe de notre propre incarnation.
Voici les 4 mécanismes invisibles par lesquels le désir d’être aimé finit par nous éloigner de nous-mêmes.
Sommaire
1. Le troc de l’identité contre l’affection
La seule chose réellement commune à tous les êtres humains est la recherche de l’amour.
Très tôt, nous comprenons quelque chose d’essentiel : l’amour semble dépendre de notre comportement.
On nous félicite quand nous sommes « sages ».
On nous gronde quand nous sommes « trop ». Trop bruyants. Trop sensibles. Trop colériques. Trop tristes.
Alors nous ajustons.
Nous apprenons que pour être aimés, il faut correspondre à une image :
- être gentil,
- ne pas déranger,
- faire plaisir,
- ne pas pleurer,
- ne pas exprimer certaines émotions.
C’est là que la trahison commence.
Nous échangeons notre nature contre l’affection.
Nous ajoutons des couches au-dessus de notre spontanéité.
Nous fabriquons une version acceptable de nous-mêmes.
Ce n’est pas spectaculaire.
C’est progressif.
Et c’est terriblement efficace.
À force de nous adapter, nous finissons par oublier qui nous étions avant l’adaptation.
Nous ne vivons plus à partir de notre centre.
Nous vivons à partir du regard des autres.
2. Le mensonge fondamental
Dans la tradition du yoga, l’un des principes fondamentaux est Satya, souvent traduit par « vérité ».
Mais Satya ne signifie pas seulement « ne pas mentir aux autres ».
Il signifie d’abord : ne pas se mentir à soi-même.
Lorsque nous jouons un rôle pour être aimés, nous entrons dans un mensonge intime.
Nous prétendons être d’accord alors que nous ne le sommes pas.
Nous disons « ça va » alors que ça ne va pas.
Nous minimisons nos besoins.
Nous adaptons nos opinions pour éviter le rejet.
Au fond, nous savons.
Quelque chose en nous perçoit le décalage. Cela se traduit par une tension subtile, une fatigue, un malaise difficile à nommer.
Ce mensonge intérieur crée une identité bâtie sur les messages intégrés très tôt que nous avons vu précédemment.
Le problème n’est pas l’adaptation ponctuelle.
Le problème, c’est lorsque l’adaptation devient notre identité.
À ce moment-là, nous ne savons plus si nous parlons depuis notre vérité… ou depuis notre conditionnement.
Et la fracture intérieure commence à s’installer.
3. La création de la dualité
Un autre principe fondamental du yoga est Ahimsa, souvent traduit par « non-violence ».
On l’interprète fréquemment comme l’absence de violence envers les autres.
Mais la première violence est souvent intérieure.
Lorsque nous rejetons nos parts dites « inacceptables » — notre colère, notre tristesse, notre jalousie, nos doutes — nous créons une division en nous.
Nous gardons les parties « aimables ».
Nous refoulons les parties « dérangeantes ».
Nous devenons notre propre censeur. Notre propre juge. Parfois notre propre bourreau.
Cette scission crée une dualité :
- d’un côté, le personnage social,
- de l’autre, les parts refoulées.
Plus nous cherchons à être aimables, plus nous renforçons cette division.
Et cette division est une forme de violence.
Nous entrons en conflit avec nous-mêmes.
Nous luttons contre ce que nous ressentons.
Nous cherchons à éliminer certaines facettes de notre humanité.
Le résultat ?
Un sentiment diffus d’être « à côté de soi ».
Une fatigue chronique.
Parfois même une impression d’être malade de soi-même.
La non-violence véritable ne consiste pas à être toujours doux.
Elle consiste à ne plus être en guerre intérieure.
4. Le vol de sa propre pensée
Le principe d’Asteya signifie « ne pas voler ».
Mais il existe une forme de vol plus subtile que le vol matériel.
Lorsque notre besoin d’approbation devient central, nous finissons par voler les pensées des autres.
Nous pensons à partir de la culture dominante.
Nous adoptons les opinions qui nous garantissent l’acceptation.
Nous épousons des discours qui nous sécurisent socialement.
Peu à peu, notre pensée devient dépendante.
Nous ne réfléchissons plus depuis notre expérience incarnée.
Nous réfléchissons depuis le consensus.
Notre énergie vitale — notre capacité à choisir, à sentir, à discerner — se retrouve dirigée par la validation extérieure.
C’est une perte de souveraineté.
Nous croyons être libres, mais nos décisions sont guidées par la question :
« Est-ce que cela va me faire aimer ? »
À ce stade, nous ne vivons plus notre vie.
Nous négocions notre existence.
Sortir du rôle et oser être soi
Ces dynamiques vicieuses s’inscrivent souvent dans ce que le psychiatre Stephen Karpman a nommé le triangle dramatique.
Pour être aimés, nous pouvons adopter des rôles :
- la victime (« aimez-moi, sauvez-moi »),
- le sauveur (« aimez-moi parce que je vous aide »),
- le persécuteur (« aimez-moi ou craignez-moi »),
- ou encore le « gentil » qui ne dérange jamais.
Ces rôles qui peuvent donner l’illusion de rassurer.
Nous créons ce rôle d’automate.
Nous préférons jouer un personnage rassurant plutôt que de risquer d’être pleinement nous-mêmes.
Sortir des dynamiques néfastes ne consiste pas à devenir brutalement « authentique » ou à rejeter toute adaptation.
Il s’agit plutôt de retrouver une cohérence intérieure.
Et de se demander :
- Est-ce que je parle depuis ma vérité ?
- Est-ce que je suis en train de me modeler pour être accepté ?
- Est-ce que je suis en guerre avec une partie de moi ?
Cela demande du courage.
Car il existe une peur plus profonde que celle de ne pas être aimé :
la peur d’être vu tel que nous sommes.
Mais paradoxalement, c’est seulement là que l’amour devient réel. C’est une VRAIE rencontre.
Et peut-être que la vraie maturité émotionnelle commence ici : quand nous cessons de nous trahir pour être aimés… et que nous acceptons de risquer l’amour sans déguisement.
Si cet article t’a plu, je te conseille celui-ci : Les stratégies qui empêchent d’être soi
2 réponses à “Les 4 trahisons invisibles : quand vouloir être aimé fait souffrir”
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Aurélie, déjà merci pour votre partage. Je me reconnais dans l’un de ces mécanismes que vous citez… Il est bon de vous lire pour en prendre conscience. Corriger pour retrouver une cohérence intérieure et le courage d’être authentique.
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La prise de conscience est une base fondamentale. Merci Emeric.
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