(Cet article participe à l’événement interblogueurs « Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : vos clés pour traverser l’épreuve »).
Quand on prononce le mot « traumatisme », on imagine presque toujours un événement violent, unique et isolé, un choc soudain qui vient fracturer le cours d’une vie. Pourtant, mon parcours m’a appris que le trauma peut prendre une forme beaucoup plus insidieuse, étalée sur des années. Je fais partie de ces personnes qui pensent que l’un des plus grands traumatismes que nous subissons provient de notre éducation, telle qu’elle est façonnée par notre famille et par la société.
Sommaire
Le trauma de l’éducation et de l’invisibilisation
L’adaptation forcée à un système rigide, qu’il soit familial, scolaire ou sociétal, ne relève pas de la simple contrainte : c’est ce que la psychologie nomme un trauma complexe (C-PTSD). Ceci peut amener des anxiétés incompréhensibles pendant des années, des réactions extrêmes de stress, des ruminations, des difficulté de sommeil.
Oui j’ai connu tout ceci.
Devoir sans cesse « rentrer dans la boîte » pour correspondre aux attentes des autres a été, pour moi et beaucoup de personnes que je vois en accompagnement, une véritable forme d’effacement de soi.
On nous apprend très tôt à taire nos émotions pour ne pas déranger, à modifier notre nature pour être aimés ou validés.
J’ai dû entamer un long et profond cheminement pour apprendre à me défaire de ce conditionnement oppressant, un véritable processus de deuil pour espérer une renaissance intérieure.
Le piège de la « fausse résilience »
C’est ici, à mon sens, qu’il faut être extrêmement vigilant quant à l’utilisation du mot « résilience ».
On utilise souvent ce mot. Boris Cyrulnik en parle très bien, l’a presque même démocratisé et on le répète parfois il me semble à mauvais escient: soit résilient pour ci, pour ça …pour bien comprendre ce concept, je vous invite d’ailleurs à lire l’article de Solweig Ely : Boris Cyrulnik, l’art de la résilience face aux traumatismes.
Dans notre système éducatif, puis plus tard dans le monde professionnel, on confond beaucoup trop souvent la résilience avec la simple obéissance. Car oui, même les concepts peuvent être manipulés.
On nous vend le concept de résilience comme une vertu absolue, mais elle devient alors une simple stratégie de survie : pour répondre aux attentes du système, on en vient à déconnecter totalement de ses propres besoins fondamentaux.
Le risque est immense et silencieux : la société vous applaudit parce que vous êtes devenu un « bon élève » ou un « employé modèle », mais à l’intérieur, un trauma silencieux s’installe, caractérisé par la perte de votre identité propre.
Il faut donc porter une attention toute particulière à la notion d’acceptation. Si la résilience n’est vue que comme une acceptation résignée de son sort, elle se transforme en prison ; elle devient un outil d’aliénation qui permet de supporter l’insupportable au lieu de nous donner la force de le changer.
Le risque du concept de résilience est parfois d’accepter ce que l’on n’a pas envie d’accepter, ce n’est pas de la force, c’est de l’oubli de soi.
Gestion du trauma : De l’adaptation à l’émancipation
Comment, alors, gérer ces traumatismes accumulés et transformer cette formidable, mais destructrice, capacité d’adaptation en une force qui nous appartient enfin ?
La vraie victoire commence par un acte de rébellion intime. Le véritable basculement s’opère au moment précis où l’on cesse d’accepter ce qui ne nous convient pas.
On pourrait dire en quelque sorte que la résilience authentique prend le relais de la fausse résilience.
Cependant, comprendre cela intellectuellement ne suffit pas.
Le trauma de l’invisibilisation est profondément ancré dans notre physiologie. Nos mécanismes de défense nous mettent en mode « survie ». Cela se manifeste généralement par un état de figement ou une soumission totale face à l’autorité – pour retrouver une véritable capacité d’action et de mouvement.
C’est pourquoi l’intégration du corps et la compréhension du système nerveux sont des étapes incontournables. Des pratiques comme le yoga sont des outils précieux. Le pratiquer de manière intensive a été une première étape d’évolution. Il a réglé des schémas toxiques addictifs.
Je me suis réapproprié le rapport au corps aussi en apprenant le massage dans un cadre bienveillant. Et les thérapies brèves comme l’EMDR et les thérapies PEAT que je pratique aujourd’hui m’ont aidé à transcendé mes problèmes relationnels.
J’en ai déjà beaucoup parlé dans les différents articles que j’avais fait sur les traumas et aussi dans l’interview qui s’appelle « souveraineté et libération émotionnelle » : C’est en se réappropriant son corps que l’on cultive l’acceptation de soi et que l’on reconquiert sa liberté intérieure.
Conclusion : Pour une Résilience Critique
Nous devons aujourd’hui prôner une « résilience critique ». La résilience ne doit pas être brandie comme un « amortisseur » destiné à pallier les défaillances des systèmes toxiques qui nous entourent.
Nous n’avons pas à devenir des forteresses insensibles pour survivre à des environnements qui ne nous respectent pas.
Je terminerai sur cette image qui résume parfaitement cette libération : le lotus. Cette fleur magnifique qui s’épanouit en prenant naissance dans des eaux boueuses.
Merci à Solweig Ely d’avoir permis la mise en place de cet article, et aussi pour ce qu’elle partage sur son blog chemins de vie. Cet article est d’ailleurs une porte ouverte à beaucoup de partages qui viendront avec des astuces très pratiques pour gérer au quotidien les angoisses, l’anxiété …
6 réponses à “Se défaire du moule : Quand la résilience exige de désobéir”
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Merci pour cet article très éclairant. J’ai beaucoup aimé l’idée que la résilience ne consiste pas seulement à “tenir bon”, mais parfois à oser désobéir aux attentes, aux normes ou aux injonctions qui nous éloignent de nous-mêmes. Cela rappelle que se reconstruire passe souvent par un acte de courage intérieur et par l’écoute de sa propre conscience. Une réflexion profonde et inspirante.
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Merci pour ton retour Valérie
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Merci pour ce rappel : la résilience n’est pas la même chose que d’accepter une situation qui ne nous convient pas. Je dirais que c’est la force d’être soi-même, malgré toutes les difficultés que l’on a pu rencontrer sur notre chemin, ne pas être déterminé par celles-ci mais les surmonter.
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La force d’être soi 🙂 voilà bien résumé en 3 mots
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Merci beaucoup Aurélie pour ce très bel article ! Ce sera un plaisir de le partager sur mon blog Chemins de Vies d’ici quelques semaines !
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merci à toi pour cette opportunité !
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