L’amour est bien plus grand qu’une histoire de couple

A force d’attendre de trouver l’amour, nous passions à côté de celui qui est déjà présent dans notre vie.

J’ai récemment publié une courte vidéo sur les réseaux dans laquelle je partageais une retour de soin : l’amour est partout, autour de nous et en nous. Il est même parfois tellement présent que nous ne le voyons plus. Vous pouvez la retrouver sur Facebook , ou YT

Je rappelais également que l’amour est accessible à chacun.

Les réactions à cette publication m’ont interpellée. Beaucoup de personnes ont spontanément répondu qu’elles n’avaient pas encore trouvé l’amour, qu’elles l’attendaient ou qu’elles avaient perdu espoir de le rencontrer.

Et j’ai réalisé à quel point, dans notre société, le mot « amour » est presque systématiquement associé à la relation amoureuse.

Comme si aimer signifiait nécessairement être en couple. Comme si l’amour était quelque chose que nous devions trouver à l’extérieur de nous, et plus particulièrement chez une autre personne.

Je trouve cette vision profondément réductrice.

Non pas parce que l’amour romantique serait sans importance, bien au contraire, mais parce que l’amour est infiniment plus vaste qu’une relation entre deux partenaires.

Les grecs avaient d’ailleurs plusieurs mots pour qualifier les différents types d’amour. Etre précis permet de reconnaitre sans exclure.

L’amour de…la vie

L’amour, c’est celui que nous ressentons pour notre enfant lorsque nous le regardons dormir.

C’est la tendresse que nous éprouvons pour un ami, la joie de retrouver notre chien, l’attention que nous portons à une plante que nous avons vu grandir.

C’est aussi ce sentiment qui nous traverse devant un coucher de soleil, un paysage magnifique ou la beauté d’une fleur.

C’est cette chaleur intérieure qui apparaît parfois sans raison particulière, simplement parce que nous nous sentons vivants.

L’amour peut s’exprimer dans un geste, un regard, une présence, un émerveillement.

Il existe dans notre relation aux autres, à la nature, au monde et à nous-mêmes.

Bien sûr, toutes ces expériences ne sont pas identiques et ne mobilisent pas exactement les mêmes émotions.

Mais elles peuvent toutes participer à cette expérience plus vaste : se sentir relié à quelque chose qui dépasse notre seule individualité.

Et pourtant, combien de fois affirmons-nous manquer d’amour alors que nous sommes entourés de mille occasions d’en ressentir ?

Peut-être parce que nous avons appris à chercher une forme particulière d’amour, au point de devenir aveugles à toutes les autres.

L’erreur : confier son bonheur à une seule personne

Cette réduction de l’amour à la relation amoureuse n’est pas sans conséquences.

Lorsque nous croyons que l’amour ne peut nous parvenir que d’un partenaire, nous risquons de lui attribuer une responsabilité immense : Celle de nous rendre heureux, de nous rassurer, de nous valoriser, de combler nos manques et parfois même de donner un sens à notre existence.

Nous attendons alors de cette personne qu’elle nous fasse ressentir quelque chose que nous pourrions aussi apprendre à reconnaître et à cultiver en nous-mêmes.

C’est précisément là que la relation peut devenir fragile.

L’attention de l’autre devient indispensable à notre équilibre. Son absence nous inquiète. Ses silences nous font douter. Ses comportements peuvent finir par déterminer notre valeur personnelle.

Progressivement, nous risquons de ne plus aimer seulement la personne pour ce qu’elle est, mais aussi pour ce qu’elle nous apporte et ce qu’elle nous permet de ressentir.

Nous ne cherchons plus simplement à partager l’amour. Nous attendons de l’autre qu’il nous le fournisse.

C’est l’un des mécanismes possibles de la dépendance affective.

Retenir l’amour, c’est l’étouffer

Nous sommes face à un paradoxe : Plus nous avons inscris la croyance de dépendre d’une personne pour nous sentir aimés, plus nous pouvons avoir peur de la perdre.

Nous allons donc chercher à sécuriser la relation.

Nous pouvons alors multiplier les attentes, réclamer des preuves d’amour, surveiller les signes d’éloignement ou renoncer à certains de nos besoins pour préserver le lien.

L’amour se retrouve progressivement mêlé à la peur, au contrôle et à l’insécurité.

Et ce qui devait être un espace de rencontre et de liberté peut devenir une source de tensions.

À force de vouloir nous assurer de ne pas perdre l’amour, nous pouvons finir par étouffer la relation dans laquelle nous souhaitions le vivre.

Cela ne signifie évidemment pas que toute personne désirant une relation amoureuse souffre de dépendance affective.

Le besoin d’attachement est profondément humain.

Les psychologues Edward Deci et Richard Ryan ont d’ailleurs montré, à travers leur théorie de l’autodétermination, que le besoin de lien aux autres fait partie des besoins psychologiques fondamentaux.

Mais il existe une différence essentielle entre avoir besoin de relations humaines et faire dépendre toute sa valeur personnelle d’une seule relation.

Nous pouvons désirer profondément la présence de quelqu’un sans lui confier l’entière responsabilité de notre bonheur.

Qu’en est il de l’amour de soi ?

Parmi toutes les formes d’amour que nous oublions, il en existe une particulièrement importante : celle que nous pouvons nous porter à nous-mêmes.

S’aimer ne signifie pas se trouver parfait, se placer au-dessus des autres ou ne plus avoir besoin de personne.

Cela signifie apprendre à se considérer avec respect, bienveillance et compassion.

Reconnaître ses besoins. Accueillir ses émotions. Respecter ses limites. Ne pas se condamner systématiquement pour ses erreurs.

Les travaux de la psychologue Kristin Neff sur l’autocompassion montrent notamment l’intérêt d’une attitude bienveillante envers soi-même pour notre équilibre psychologique.

Cette réflexion rejoint également les travaux de plusieurs auteurs français.

Le psychiatre Christophe André, notamment dans S’estimer et s’oublier, souligne combien la qualité de notre relation à nous-mêmes contribue à notre capacité à nous ouvrir aux autres et au monde.

Ces approches nous rappellent donc une chose essentielle : notre vie affective ne se réduit pas à la relation amoureuse.

Pourquoi faudrait-il attendre qu’une personne nous aime pour reconnaître cette capacité qui existe déjà en nous ?

Et surtout, lorsque nous confions à un partenaire l’exclusivité de notre bonheur et de notre sentiment d’être aimés, ne risquons-nous pas de transformer la relation en une attente permanente, au point de fragiliser l’amour que nous souhaitions justement préserver ?

Cela rejoint une idée essentielle : plus nous apprenons à entretenir une relation apaisée avec nous-mêmes, moins nous risquons de demander à l’autre de réparer tout ce qui nous fait souffrir.

Cela ne nous rend pas indépendants de toute relation. Cela nous permet simplement d’aimer avec davantage de liberté.

Aimer, ce n’est pas seulement recevoir

Nous avons souvent tendance à mesurer l’amour à travers ce que nous recevons.

Est-ce que quelqu’un pense à moi ? Est-ce que quelqu’un m’aime ? Est-ce que je compte suffisamment pour cette personne ?

Mais nous oublions parfois une question fondamentale :

Et moi, quelle place est-ce que je donne à l’amour dans ma vie ?

Lorsque je prends soin d’un animal, lorsque je m’émerveille devant la nature, lorsque je console un enfant ou que je partage un moment de complicité avec un ami, je ne suis pas simplement en train d’attendre de l’amour.

Je suis en train de le vivre.

L’amour n’est pas uniquement quelque chose qui nous arrive grâce à quelqu’un d’autre. C’est aussi une capacité que nous pouvons exprimer, nourrir et développer.

Et pour recevoir….il faut savoir donner. On ne peut recevoir que ce qu’on donne et la vie nous le montre bien.

Et cette capacité ne disparaît pas lorsque nous sommes célibataires, lorsque nous traversons une séparation ou lorsque notre partenaire ne répond pas à toutes nos attentes.

Il est important de le rappeler : reconnaître les multiples formes de l’amour ne signifie pas nier la souffrance de la solitude ou le manque d’intimité amoureuse.

Ces besoins sont légitimes.

Mais je le répète, l’absence d’une relation amoureuse ne signifie pas l’absence d’amour dans notre existence.

Apprendre à regarder autrement ?

Faisons une petite expérience.

Pendant une journée, essayons de remarquer tous les moments où nous ressentons quelque chose qui ressemble à de l’amour.

La tendresse, la gratitude, la compassion, l’émerveillement, la joie de partager, le plaisir de prendre soin.

Observons ce qui se passe en nous lorsque nous cessons de chercher l’amour sous une forme particulière.

Peut-être aurons nous de belles surprises.

Car notre regard influence profondément ce que nous percevons du monde.

L’amour n’attend pas que quelqu’un nous choisisse

L’amour est bien plus grand que nos histoires sentimentales.

Il ne commence pas nécessairement le jour où quelqu’un nous choisit. Et il ne s’arrête pas le jour où quelqu’un nous quitte.

Une relation amoureuse peut être une merveilleuse manière de partager cet amour. Mais elle n’en est ni l’unique source ni l’unique expression.

L’amour n’est pas une personne à trouver. C’est une capacité à reconnaître, à cultiver et à partager.

Et si, au lieu de nous demander sans cesse quand nous allons enfin trouver l’amour, nous commencions par regarder tout celui qui existe déjà dans notre vie ?

Aurélie — Vérité Intérieure


Pour aller plus loin

Sur Vérité Intérieure :

Références scientifiques :

  • Ryan, R. M. et Deci, E. L. (2000). Self-Determination Theory and the Facilitation of Intrinsic Motivation, Social Development, and Well-Being. American Psychologist. Consulter l’étude.
  • Neff, K. D. (2023). Self-Compassion: Theory, Method, Research, and Intervention. Annual Review of Psychology. Consulter la synthèse.

Ces études éclairent les besoins relationnels et l’équilibre affectif. L’idée que l’amour est présent dans notre relation à l’ensemble du vivant relève ici d’une réflexion philosophique et personnelle.

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